lundi 31 décembre 2007

Suite de la visite

Après une bonne journée à Port-Royal des Champs, direction Paris.

Le jansénisme, c'est avant tout Port-Royal des Champs, mais il faut avouer que pour le connaisseur, Paris est une vraie mine d'or (janséniste, bien sûr !).

La première étape, sorti du RER B venant de Saint-Rémy les Chevreuses (of course), est de se rendre à l'hôpital de Port-Royal. C'est devenu un peu moche (comme tous les hôpitaux), mais c'est là que se trouvait le monastère des religieuses des Champs.

Dans les années 1620-1630, décimées par la malaria qui sévissait aux Champs, les religieuses ont fondé une maison à Paris. Quand elles sont retournées aux Champs, une partie de la communauté est restée à Paris.

Port-Royal de Paris a "mauvaise presse" chez les jansénistes. Parce que les religieuses ont "trahi" la cause en signant le fameux Formulaire, parce qu'elles ont coupé les ponts avec les Champs, pendant la controverse janséniste, parce qu'elles ont récupéré les terres des Champs après la desruction du monastère.

Pourtant, le visiteur averti se rendra à la chapelle de Port-Royal de Paris, où il trouvera les souvenirs de la Mère Angélique. Une chapelle de style classique, assez impressionnante, avec le monogramme de Port-Royal sur ses ferroneries.

C'est bien tout ce qu'il reste du monastère, avec le cloître attenant. Le reste a été absorbé par l'hôpital.

Quittant l'hôpital, il faut entrer dans le "quartier janséniste" de Paris. Celui-ci se trouve surtout autour de la rue Saint-Jacques, entre l'église Saint-Jacques du Haut-Pas et Saint-Etienne du Mont.

Une autre fois, je ferai une visite guidée des tombes jansénistes de Paris.

Mais là, il faut que je parle de mon bijou, mon chouchou, mon endroit préféré : la bibliothèque de Port-Royal.

Je ne donnerai pas l'adresse, de toutes façons elle n'est pas signalée, il faut deux codes pour entrer et tout le monde ne peut pas y aller. Mais une description s'impose.

C'est un immeuble parisien, assez joli, début XIXe siècle. Une grosse porte cochère (à code, donc), qui donne sur une cour pavée. On prend un escalier, on monte au deuxième étage. Là, des portes vertes foncées, anciennes, sans nom, sans rien.

Une fois la sonnette poussée, la porte s'ouvre. Pas de vieux bibliothécaire en blouse grise, non, mais des jeunes et sympathiques personnes qui sont prêtes à dénicher les plus invraisemblables trésors.

La bibliothèque est en fait un appartement. Les livres couvrent les murs, du sol au plafond. Parfois même, des piles de livres encombrent les chaises, les escabeaux, les tables. Il y en a partout, des milliers, des milliers de reliures en cuir affectionneusement cirées. Des livres de théologie, d'histoire, de littérature...

Au milieu de la plus grande pièce, une table ovale. Huit places de lecteurs, pas plus. Aux murs, quand les livres laissent un peu de place, de vieilles photos jaunies des anciens bibliothécaires, des gravures jansénistes du XVIIIe siècle, des reliques sur velours passé encadrées dans de vieux bois.

Quand j'y travaille, j'aime bien me mettre sous le masque mortuaire de Pascal, enchâssé dans un globe de verre. À ses côtés, un fragment de croix venant de Port-Royal et quelques reliques, bouts de saints jansénistes dont on ne sait plus trop d'où ils viennent, soigneusement empaquetés par de pieuses mains dévotes.

L'ambiance y est studieuse, on est rarement plus de trois lecteurs en même temps. Chacun est penché sur son volume, absorbé dans la vie trépidante des jansénistes.

Comme j'ai la chance de travailler sur un sujet peu fréquenté, j'ai pu aller farfouiller un peu dans les "non-cotés", c'est à dire les kilos de papiers divers retraçant la vie des jansénistes au XIXe siècle. Je me souviens de journées passées dans une autre salle, non chauffée l'hiver, penchée sur des cartons remplis de lettres, de photos sur plaques, de coupures de journaux. Un pur régal.
J'ai noirci mes doigts sur ces archives, écrit ou tapé des centaines de pages de notes, cherchant à reconstruire une société très discrète. J'ai cherché, parfois en vain, les archives passionnantes.

J'ai respiré l'odeur de ces livres, placés là tout au long du XIXe siècle. J'ai pensé, parfois, aux vieilles demoiselles Gillet (Sophie et Rachel) qui veillaient comme des louves sur leur trésor, dans les années 1860-1870. J'ai souris en imaginant Augustin Gazier, gardien jaloux des années 1880-1920, faisant de temps en temps l'insigne honneur à un de ses amis de lui faire visiter ce sanctuaire. Je l'imagine ouvrant précautionneusement la porte, attendant la réaction de son visiteur, ébloui par tant de livres, tant d'exemplaires rares, tant de trésors.

J'ai goûté l'impression de faire partie d'un "club", d'un groupe de privilégiés, de ceux qui peuvent toucher l'Histoire des doigts, sans l'arsenal hygiéniste qu'on subit habituellement dans les bibliothèques et autres centres d'archives.

Cette bibliothèque est un trésor. Elle est évidemment trop petite, parfois on a peur que les planchers s'écroulent sous le poids des livres, mais la déplacer (comme il en a été question) serait à coup sûr tuer un lieu de mémoire insestimable. Songez qu'aux XIXe et début du XXe siècle, elle était une sorte de mythe. Dans les milieux intellectuels, "on" disait qu'une bibliothèque existait, secrête, inaccessible, où étaient conservés les trésors jansénistes.

Aujourd'hui elle existe toujours, contre vents et marées, pour la joie et le bonheur des chercheurs.

Une petite visite virtuelle par ici ?
http://site.voila.fr/portroyal/accueil.html

2 commentaires:

Anonyme a dit…

tro kiffant !!!!

c'est quoi comme groupe, Jeanséniste ? C rock ?!

Moi, j'aime Tokio Hotel !!! <3 <3 <3

je les aaaaaaaaaaaaaime tro tro tro

lol

Lilyu.

Rémi a dit…

Et il y a même des gens qui passent leur belle jeunesse à bosser pour enrchir un jour cette belle bibliothèque...

La décoration que je préfère est tout de même le crâne posé sur une table. J'aimerais bin savoir à qui il appartenait.